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 Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]

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Machiavelo D. Rosso

Machiavelo D. Rosso

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MessageSujet: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Mer 14 Juil - 8:28

    La journée avait pourtant bien commencé. Nous étions dimanche, le jour du seigneur. Enfin, c'était surtout mon jour de congé. Parce que le seigneur, dans tout ça... bref. Dimanche était donc le seul jour où j'avais le champ libre. Le problème était que j'étais tellement habitué à ne faire que bosser, qu'il me fallait trouver de nouvelles idées pour m'occuper en ce saint jour. Au début, je détestais cette idée. Mes journées étaient rythmées par le boulot, de jour comme de nuit, et se déroulaient selon un horaire fixe. Alors quand je me levais à six heures comme chaque matin pour constater que j'avais congé... c'était un peu la panique. Pendant longtemps, je m'étais persuadé que bosser sept jours sur sept était indispensable. Le fait était que j'avais peur de ne pas savoir quoi faire d'une journée de congé. Franchement pathétique. C'est pourquoi, refusant de passer pour un abruti accro à son job et sans aucune vie sociale, je refusai de rester cloîtré chez moi le dimanche et me mis à appeler toutes mes connaissances. Bon, pas en même temps, mais une par semaine, ça suffisait... histoire d'en profiter pour maintenir un quota respectable de divertissement dans ma vie. Ou de faire en sorte que ma barre de relations (comme dans ce jeu archaïque, les Sims) reste dans le vert. Ou au moins qu'elle ne descende pas trop souvent dans les rouges. Heureusement, comme je ne ressentais que difficilement la solitude, j'avais de la marge. Bref, tout ça pour dire qu'au fil du temps, j'avais trouvé de quoi m'occuper le dimanche, et je n'en étais pas peu fier. J'avais presque l'impression d'avoir un train de vie normal. Ces occupations n'avaient rien d'extraordinaire ; parfois j'allais chez un ami pour voir un film, ou j'invitais un autre ami à dîner (oui, ça m'arrive, même que je cuisine TRÈS bien), ou alors je sortais acheter quelques trucs dispensables comme de la musique, un livre ou (moins dispensable) une nouvelle éponge pour la cuisine. Et plus souvent, comme aujourd'hui, je rendais visite à mon père qui vivait seul dans le quartier de San Trovaso, là même où j'avais grandi. Malgré la pauvreté des lieux (qui représentaient un danger potentiel pour qui avait l'air riche), le coin n'était pas très loin de chez moi et je ne craignais donc pas de rentrer trop tard. En plus, ce n'était pas comme si j'avais l'air riche, hein... et la moitié de ceux qui traînaient dans la rue étaient déjà présents durant mon enfance ou mon adolescence. C'est dur à dire, mais ils faisaient en quelque sorte partie du paysage. Me balader dans le quartier en plein milieu de la nuit n'aurait donc pas suffit à m'effrayer. Cependant, en constatant qu'il s'apprêtait à pleuvoir, je jugeai préférable de rentrer et l'annonçai à mon père.

    ─ Tu peux rester dîner, tu sais..., proposa-t-il tout sachant pertinemment que je refuserai.

    ─ Qu'est-ce que tu as ? questionnai-je en ouvrant le réfrigérateur.

    Deux ou trois conserves qui se couraient après et une pauvre brique de jus de fruit à moitié consommée. J'adressai à mon père un de mes rares sourires et pris mes affaires :

    ─ Non merci, ça ne me tente pas vraiment.

    Il sourit à son tour, parce qu'il savait que je n'avais pas dit cela méchamment. En réalité, il était préférable qu'il garde ses réserves pour lui. J'avais beau l'aider financièrement, il refusait que je lui fasse ses courses. Du coup, j'avais des remords à vider son réfrigérateur. Même si après réflexion, la boîte de brocolis mêlée à celle de petits-pois et carottes aurait délicieusement accompagné le... Mais je m'égare. Je saluai mon père puis achevai par un :

    ─ Tu n'as qu'à venir manger à la maison dimanche prochain.

    L'escalier de son immeuble (si on pouvait l'un et l'autre les qualifier ainsi) était bringuebalant et aussi troué que le reste du plancher. Mais par expérience, je savais quelles marches éviter et parvins donc au rez-de-chaussée sans problèmes majeurs. Mis à part une petite vieille qui criait toute seule depuis le palier du premier étage, mais ce n'était qu'un détail. Arrivé dehors, je levai le nez et constatai que je n'arriverais probablement pas à échapper à la pluie. Cependant, je pouvais être chez moi avant la tombée de la nuit. Connaissant bien le quartier, je choisis donc un raccourci. J'accélérai le pas en sentant quelques gouttes d'eau sur mon visage. J'aurais bien aimé ne pas me retrouver trempé jusqu'aux os, mais en soi la pluie ne me dérangeait pas. En la sentant arriver, les gens (contrairement à moi) couraient s'abriter. Du coup, tout était plus calme. Il n'y avait que le bruit de l'eau s'écrasant sur le sol, les toits et les parapluies. Ploc, ploc, ploc. Je fis un léger détour pour éviter un petit ruisseau qui s'était formé et qui courait jusqu'au bas de la rue. Quelques déchets se laissaient mollement emporter. Je souris. En fait, la pluie, c'était un peu le détergent du ciel... Pff, il fallait vraiment que j'arrête de tout rapporter au tâches ménagères. Comme un orage menaçait d'éclater, je profitai de me trouver proche d'un porche (à moitié démoli... mais c'était un porche tout de même) pour m'abriter, provisoirement je l'espérais. Les rues étaient vides à présent, et seul un vol de pigeon attira mon attention. Mais comme tout quartier de Venise qui se respectait, San Trovaso comportait son lot de criminels, peut-être plus dangereux qu'ailleurs. Les gens d'ici étaient souvent désespérés, et il est connu que le désespoir est un puissant stimulant. Perdu dans ces pensées, je ne réalisai pas que j'étais observé. Aussi, lorsque je sentis quelque chose se faufiler juste derrière moi, je fis un bond sur le côté, fis volte-face et me retrouvai nez-à-nez avec... un chat noir. Je n'étais pas superstitieux (enfin, sauf exceptions), mais j'avais bien failli frôler la crise cardiaque. Reconnaissant la clochette à son cou, je m'accroupis pour me mettre à son niveau et tendis la main. C'était le chat de la voisine de palier de mon père. Si ma mémoire était bonne, il s'appelait Pedrolino, en référence au Pierrot de la commedia dell'arte. Sa propriétaire se plaignait de ses disparitions fréquentes.

    ─ Gentil minou, murmurai-je en me sentant bien ridicule.

    J'aimais bien les chats, mais celui-ci me regardait avec un air si indifférent que j'avais l'impression qu'il me snobait. Je comprenais presque ce que ressentaient les gens en me dévisageant. Désireux de faire une bonne action... et surtout de passer le temps, je m'approchai pour l'attraper, mais il me fila entre les doigts. Après une seconde d'hésitation, je le suivis dans le dédales des ruelles du quartier des chantiers. C'est après quelques minutes de course que je réussis enfin à l'attraper. Il s'était bêtement enfilé dans une ruelle sans issue. Lâchant une exclamation victorieuse, je le pris dans mes bras et le soulevai au niveau de mon visage :

    ─ On fait moins le malin, pas vrai ? Mais je croyais que les chats n'aimaient pas l'eau..., commentai-je en me redressant.

    Le matou était trempé de la tête aux pattes, mais je ne valais pas mieux que lui. Bah, ce n'était pas comme si je m'étais étalé dans une flaque de boue. Là, j'aurais piqué une crise. Mais ce n'était que de l'eau, alors il n'y avait pas de quoi en faire toute une histoire. Monsieur Pierrot allait retrouver sa maîtresse, qui devait être morte d'inquiétude (comme d'habitude) et moi j'aurais fait ma B.A. J'étais décidément trop gentil. Cette réflexion à peine sortie de mon esprit, quelqu'un me plaqua contre un mur et quelque chose de froid vint frôler ma tempe. Sous le coup de la surprise, j'avais lâché le chat qui, bien évidemment, en profita pour s'enfuir. Le lâche ne serait même pas resté pour me prêter secours...! Si jamais je le retrouvais... Enfin, pour l'heure j'avais bien mieux à penser que le destin de ce pauvre matou. J'étais prudent par nature, mais j'avoue que ce coup-ci, je ne l'avais pas vu venir. Mettez cela sur le compte du chat, de la pluie ou tout simplement de mon inattention, toujours était-il que mon agresseur avait réussi à se faufiler derrière moi sans que je ne m'en rende compte et à s'approcher assez près pour m'attraper par derrière et me coller brutalement contre ce mur de pierres froides. Le tout sans que je puisse esquiver un seul mouvement pour me défendre. Je me retrouvai donc, les bras ballants, à dévisager cette personne qui ne m'était pas inconnue, loin de là : elle, ou plutôt 'il', faisait partie des gens dont j'évitais en principe de croiser la route. Bon, c'était raté. À présent, tentons d'avoir l'air le moins effrayé possible afin de ne pas entacher notre fierté.

    ─ C'est quoi ça ? fis-je en jetant un bref regard en direction de son arme.

    Quand je perdais mon sang-froid, j'avais tendance à parler un peu trop vite, et un peu moins bien. Donc là, j'étais sur la bonne voie.

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Wilhelm W. Eilenbecker

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MessageSujet: Re: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Mar 20 Juil - 6:27

1,2,3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13…
De nouveau son doigt glisse le long des entailles parsemant la poutre de bois, une pour chaque crime résolu, chaque victoire immortalisée tandis que les égratignures s’étaient accumulées au fil des ans, victoires savourées puis oubliées, ivresse dont il fallait se repaître toujours plus, et il lui fallait chercher plus loin, toujours plus compliqué, toujours plus d’impossibles qu’il rendait réalité, mettant son esprit génial à l’œuvre, amour du vice, de la vérité qui le consume peu à peu, sa drogue, son obsession, dans laquelle il s’est enfoncé trop loin, n’ayant à présent plus que cela, à la recherche du plus grand mystère qui soit. Jusqu’à ce que le plus grand des masques tombe. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.

Et justement, il était bien là ce vide, trop fort, trop lourd, tandis que les minutes s’écoulaient plus lentes les unes que les autres, et qu’une rage sourde, mêlée de frustration montait peu à peu en lui. Presque une semaine que tout avait été calme, bien trop calme. Pas d’affaire à résoudre, de crime tordu à élucider, d’assassin, de voleur, d’espion à retrouver, d’informations à glaner, de suspects à interroger, rien, immense calme plat, inhabituel à la ville, comme une éclaircie au beau milieu de la tempête, dont il était sûrement le seul à ne pas se réjouir, tandis qu’il tournait en rond dans les rues ou entre les murs de son appartement, harcelant ses réseaux d’informations, se bourrant de calmants afin de diminuer la rage montant en lui, ou rangeant de fond en comble son appartement, car tout devait être parfait, bien aligné, plié, rangé, à l’image de la perfection qui l’animait, mais rien n’y faisait, il lui fallait plus, sentir couler l’excitation du jeu dans ses veines, manipuler, réfléchir, nourrir les rouages de son cerveau tournant à vide, sous peine d’imploser, avant que la démence en lui se déchaîne, après tout il ne pouvait sortir en pleine rue et vider son chargeur sur les passants pour tuer son ennui, un détective de sa trempe devait savoir rester discret.

D’un pas vif, il rajuste donc son costume, pas question de se laisser aller quelles que soient les circonstances, et sort d’un pas vif. Sans réfléchir, il parcourt les rues, les allées, lançant de temps un temps un regard tantôt hautain, tantôt charmeur aux passants, s’amusant de leurs réactions, détaillant leur visages à la recherche de celui qui saura le distraire un instant, tout plutôt que cette faim qui lui déchire les entrailles, oublier un instant sa soif de mystère. Il marche donc, tandis que les rues se font plus étroites et sombres, la puanteur plus forte, les murs plus délabrés, et il toise cette misère d’un regard indifférent, avec laquelle son costume impeccable et ses chaussures cirées contrastent outrageusement, après tout travailler pour le Parrain a ses avantages, et rire au nez de cette pauvreté dérangeante, repousser d’un geste cruel les mains qui se tendent vers lui, que lui importe tout ces gens, juste une vermine bonne à éliminer, misérables insectes sans intérêt. Regard glacé dénué de pitié qu’il leur lance.

Et continuer sa route, tout en se faisant plus discret, se glisser dans des rues de plus en plus étroites, se fondre peu à peu dans l’ombre autour lui, bête à l’aguet de la première proie qui se présentera, tout en se moquant de la pluie qui lui martèle les épaules, trempant sa chevelure et ses vêtements. Soudain une voix familière, semblant venir du fond d’une ruelle attire son attention, tandis qu’il s’approche doucement, soudainement intéressé, la pluie masquant le bruit de ses pas. A quelques mètres de lui, ne semblant pas l’avoir vu, trop occupé à parler à un chat, une silhouette bien connue. Sourire, tandis que son regard se pose sur le mur n’offrant aucune possibilité de fuite au jeune homme. Il est enfin temps de jouer.

Jeu d’enfant que de se faufiler derrière sa proie, puis de la saisir soudainement, et de la coincer contre le mur avec un bras, l’autre, laissant apparaître d’un geste vif, le canon, bien dissimulé sous sa manche, juste une ombre qui s’abat sur lui sans lui laisser le temps de réagir, alors mon petit, le sens tu le contact glacé du canon contre ta tempe ? Oh, il ne compte pas le tuer. Simplement s’amuser de sa peur et de sa surprise. Voir jusqu’où ceux-ci pourront mener le jeune homme. Alors, que me réserves-tu ?

─ C'est quoi ça ?

Et il sourit sans répondre, s’amusant de ces mots trop rapides qu’il lui offre, et du cœur qu’il sent battre de plus en plus vite dans la poitrine de l’infirmier. Toujours sans lâcher celui-ci, et rapprochant outrageusement ses lèvres de son oreille, celui-ci finit par murmurer, après un instant de silence, destiné à accroître la panique de sa proie.

-Te voilà dans une drôle de situation, je me demande comment tu vas faire pour t’en sortir ? Je pourrais peut être te tuer ici, personne ne viendra te secourir, et j’aimerai tant voir ton beau sang gicler sur les murs…

Nouveau silence.

-Quoique… que m’offriras tu si je te libère ?

Sourire provocant qu’il lui adresse. A présent, jouons.

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Machiavelo D. Rosso

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MessageSujet: Re: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Ven 13 Aoû - 0:09

    Ma mère s'était toujours dite affligée d'avoir un fils aussi peu expressif. Malgré tout l'amour qu'elle me portait, je crois pouvoir dire sans exagérer que si elle m'avait vu là, à cet instant, elle aurait jubilé.
    Il n'y avait que peu de choses qui parvenaient à défigurer mon expression tranquille. Une personne qui me prenait pour plus jeune que je ne l'étais, ou un intérieur mal rangé en faisaient partie. Les mafieux psychopathes aussi. Sans exagérer, je m'étais toujours considéré comme quelqu'un de profondément pacifiste. La violence, ce n'était pas ma tasse de thé. Non seulement parce que cela m'horripilait, mais aussi parce que j'étais physiquement incapable d'en faire preuve. Si je n'avais pas mes scalpels à portée de main lorsque l'on m'agressait, je serais mort depuis des lustres. Pensez... un pauvre infirmier, prostitué de surcroît... à croire que je prenais un malin plaisir à raccourcir le fil de ma vie en m'embarquant tous les soirs dans des trucs pas clean avec des clients au moins aussi nets. Complètement maso, le gars. C'est ce que j'aurais peut-être entendu dans mon dos si je n'accordais pas aux autres une attention équivalente à celle que je montrais tous les matins à mon reflet dans le miroir. C'est-à-dire très peu. Voire pas du tout selon les jours. Et j'aurais également entendu dire que je n'avais aucune notion du danger, que j'étais trop bête pour l'éviter, ou que j'étais trop bête tout court. Et que j'étais incapable de me montrer un tantinet expressif même quand on me plaquait un revolver sur la tempe, pourquoi pas ? Et bien à tous ces gens, je leur aurais dit, dans des mots fort peu élégants mais tout à fait expressifs, qu'ils avaient tort. Et que j'étais, à cet instant, mort de trouille. Vraiment. En revanche, s'il y en avait bien un à qui je ne l’aurais pas dit, plutôt mourir, c'était lui. Et si j'avais été physiquement capable de faire preuve de violence, et que la simple idée de bouger le petit doigt ne m’avait pas fait trembler, peut-être aurais-je tenté de lui faire ravaler son sourire amusé. Saleté de psychopathe.

    Te voilà dans une drôle de situation, je me demande comment tu vas faire pour t’en sortir ? Je pourrais peut être te tuer ici, personne ne viendra te secourir, et j’aimerai tant voir ton beau sang gicler sur les murs…

    On m'avait déjà dit que j'étais agaçant parce qu'on ne parvenait pas à deviner ce que je pensais. Je ne voyais pas en quoi cela pouvait être agaçant. Après tout, mes émotions n'appartenaient qu'à moi. Vouloir les deviner, c'était un peu tenter de violer mon intimité, non ? Non, jusque là je ne m'étais jamais préoccupé de ceux qui s'agaçaient de mon manque d’expression. Jusqu'à ce que tombe sur un type comme lui. Je détestais savoir que j’ignorais ce qu'il pensait alors qu’il me regardait, même si son regard était assez effrayant pour être un minimum explicite. Oui, c'était ça. C'était pour cela qu'il m'effrayait. C’était le genre de personnes autour desquelles flottait une aura étrange, comme un appel, un cri qui dirait "danger". C'est du moins ainsi que l'interprétait mon cerveau, le traduisant par les battements accélérés de mon cœur, ou encore la sueur que je sentais couler le long de ma nuque puis de mon dos. Cet homme était effrayant, voilà tout. Quoique le mot "homme" me semblait un peu déplacé, mais je n'aurais su le qualifier autrement.
    Le plus effrayant était de ne pas savoir ce qu'il attendait de moi. Après tout, je n'avais aucun intérêt à ses yeux, non ? S'il voulait me prendre mon argent, il lui aurait suffi de demander, mais il ne serait pas reparti avec grand-chose... Mais non, c'était évident, ce n'était pas cela qui l'intéressait. Quoi, alors ? Et soudain, il parla, et une comparaison stupide s'imposa à moi.

    Quoique… que m’offriras tu si je te libère ?

    Vous savez, dans ces vieux cartoons, le chat qui veut manger le canari ? Ou... ou Vil Coyote et Bip-bip ? Eh bien voilà, c'était ça. J'étais Bip-bip. Sauf que contrairement à lui, je ne pouvais pas m'enfuir en lui tirant la langue. J'avais soudain un bel aperçu de ce qu'un petit oisillon devait ressentir lorsqu'un serpent se hissait jusqu'à son nid avec un regard affamé. Quelques mots me vinrent à l'esprit : "On ne joue pas avec la nourriture." Ah ha. Oui, je me voyais parfaitement lui balancer cette réplique à la figure. Je répondis à son sourire provocant par une grimace qui en disait long sur ce que j'en pensais. N'y pense même pas. Bon, et maintenant ? Quelle attitude étais-je censé adopter ? Il était clair que le psychopathe qui me braquait toujours avec son petit sourire sadique n'avait pas l'intention de me tuer, du moins pas tout de suite, sans quoi il l'aurait déjà fait. Le tout maintenant était de savoir ce qu'il attendait. Et j'avais beau me torturer les méninges, je ne savais pas ce qu'il était préférable que je fasse. Premièrement, il aurait fallu savoir s'il était préférable pour moi d'entrer dans son jeu ou pas. Et si oui, ce qu'il fallait faire pour. Comme si j’avais le temps de me pencher sur la question ! Plus que la peur, c'était l'agacement qui pointait. Mais si je perdais davantage mon sang-froid... Je pris une brève inspiration, pour tenter d'articuler à peu près distinctement :

    Qu'est-ce que vous voulez ?

    Voilà, autant lui poser la question directement, et advienne que pourra. Mais pourquoi vouvoyer cet homme alors que le ton employé dénotait clairement que je le haïssais ? Bonne question. Ce n'était pas une question de politesse, pas du tout. C'était une façon de me rassurer. Je vouvoyais toujours les personnes que je ne connaissais pas. Donc là, j'avais à peu près l'impression d'être moi-même. De reprendre le contrôle. Ce n'était qu'une impression, évidemment. Illusion, quand tu nous tiens...
    Si mes paroles étaient à peu près sous contrôle, je devais en revanche faire de gros efforts pour maîtriser mes gestes. Une partie de mon cerveau, submergée par l'instinct de survie, me criait de chercher à tâtons l'ouverture de mon sac, puis celle de ma trousse de secours, et enfin le compartiment à scalpels. Je me demandais vraiment pourquoi je les rangeais aussi loin... Foutues manies. L'autre partie de mon cerveau, peut-être la plus lucide, déclarait qu'à part écourter mes jours (enfin, mes secondes) cela ne servirait à rien. Et puis, il y avait encore une autre partie, une dernière, toute petite, qui chuchotait quelque chose d'étrange. Souris, Damon. Souris. Sans savoir pourquoi, c'est celle-ci que je décidai d'écouter. Même si je n'avais pas envie de jouer.

    Je n'avais pas envie de mourir non plus.
    Ni de ramper à ses pieds.
    Ni de sourire, en fait.

    Mais je souris. Brièvement. Et ce n’était pas un de ces sourires ironiques que j’étais habitué à distribuer à longueur de journée. Ce n’était même pas un sourire amusé. C’était le sourire que j’aurais adressé à un petit enfant un peu trop exigeant. Un sourire… indulgent.

    Vous êtes fou, murmurai-je.

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Wilhelm W. Eilenbecker

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MessageSujet: Re: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Jeu 26 Aoû - 6:06

Etrange et cruelle chose que l’être humain. Juste un animal parmi tant d’autres, prônant une ridicule supériorité, entourée de bons sentiments dégoulinants, tels que l’amour, la générosité, la compassion. Foutaises, que tout cela. Une seule chose discernait l’homme de l’animal. Sa capacité à mentir. A se berner lui-même. Mensonges, que tout cela, toutes ces belles pacotilles faussement reluisantes dont on s’encombre, et dont il suffit de gratter l’extérieur brillant, afin d’en découvrir la réelle crasse. Hypocrisie, mensonges, avidité, l’homme n’était qu’un prédateur cruel, prêt à entre déchirer son prochain pour une promesse de gloire, de possession, de plaisir. Le reste, n’était que futilités. L’aire de carnage qu’était devenue Venise en était la preuve vivante, battante, tandis que les miséreux tendaient leurs mains décharnées, ignorées entre les murs crépis, que les femmes soulevaient leurs jupes excitant les désirs lubriques des passants, et que le sang coulait, invengé, venant se mêler à la crasse, crie d’agonie et de plaisir mêlés, pêchés de chair et de sang.

Lui, ne s’encombrait pas de tout cela. Assumant ses pulsions, ses manques de sentiments, qu’il n’affichait, toujours plus menteur, que lorsque ceux-ci lui étaient utiles pour parvenir à ses fins. Pour entrer à son tour dans la mascarade, tromper, trahir, avant de lever les masques. Assouvir les désirs se bousculant en lui, n’acceptant que les crimes l’intéressant, et peut importait la justice de ses actions, peut importait la cause, les supplications des victimes prises au piège, les injures des femmes qui s’étaient données comme de misérables catins pour une promesse d’amour hypothétique, qu’il rejetait, une fois lassée de leurs minauderies, lorsque celles-ci n’avaient plus rien à leur apprendre. Oui, l’être humain était faible et pathétique, à se débattre misérablement dans sa propre fange. Et puis lui importait, les douleurs, les drames qui se nouaient à chaque instant sous ses pas. Lui ne voulait que tirer sa part du gâteau.

Le canon de son arme toujours sur la tempe du jeune homme, il attend, légèrement agacé de l’indifférence de celui-ci. Des apparences toujours, ridicule sursaut de fierté, viens donc, montre la moi cette peur que tu semble enfouir au fond de toi, ou peut être te moque tu de mourir, peut être cette violence gratuite n’est elle plus rien, pour ton frêle corps déjà trop immergé dans la boue. Il lui faut savoir. Pousser le jeu plus loin, jusqu’aux limites de son adversaire.

─ Qu'est-ce que vous voulez ?

Un silence, qui plane, lourd de sens. Laissez planer l’hésitation, injecter le doute dans les entrailles du jeune homme, jusqu’à le faire craindre pour sa vie, pour sa raison. En réalité, il n’avait pas encore décidé. Profiter de la situation autant que possible, réfléchir, improviser. Le provoquer, peu à peu.

Et soudain, un sourire. Pas provoquant, signe que son adversaire se serait pris au jeu. Non. Condescend. Un sourire, et trois petits mots qui le transpercent, le font tressaillir de colère. Comme une moquerie envers la futilité de tout cela, de son être même. Un élan que sa fierté ne permet pas, tandis que le canon du pistolet viens s’appuyer plus fort contre la tempe de l’infirmier, et qu’il prononce d’une voix basse, posée, masquant sa colère.

-Fou ? Vraiment ? Mais sais tu ce qu’est réellement la folie ? La folie c’est de vendre son corps souillé par les transactions pour quelques pièces au coin des rues, et d’avoir l’insolence de se considérer encore humain, alors qu’on est plus qu’un simple objet aux mains du premier venu que rien n’empêche d’abattre à l’instant même. La folie c’est de s’évertuer à sauver des vies, afin de se donner bonne conscience, ridicule entreprise alors que tant meurent sur les pavés, la folie c’est de se battre dans le vide pour un idéal qui n’existe plus, afin de masquer sa propre crasse. Sa propre souillure.

Paroles cruelles, provocantes, tandis qu’il glisse sa main libre contre la hanche du jeune homme comme pour appuyer ses propos, avant de coller ses lèvres à son oreille, et de murmurer, en détachant chaque mot.

-Et toi ? Es. Tu. Fou ?

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MessageSujet: Re: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Ven 27 Aoû - 4:00

    Des phrases étranges me revenaient en mémoire, bref souvenir d’une aïeule pieuse et dévouée à un Seigneur dont nous remettions chaque jour en cause l’existence.

      « Blasphème !

      Prie pour sauver ton âme.

      Aime ton prochain.

      Alors, Dieu créa les hommes.

      Et Dieu vit que cela était bon. »


      Dieu était myope.

    Le contact plus appuyé du métal contre ma tempe me ramena à la réalité. « N’oublie pas qui contrôle la situation », disait-il. Qui était armé et qui ne l’était pas. Il parla à voix basse. Je n’aurais su dire si mes paroles l’avaient atteint ou pas. Et pour tout dire je m’en fichais. S’il devait me tuer après avoir joué, parce que je m’étais montré insolent… Après tout, quelle différence cela ferait-il ? Ses mots à lui, en revanche, m’atteignirent plus que ce que j’aurais souhaité. « La folie c’est de vendre son corps souillé par les transactions pour quelques pièces au coin des rues, et d’avoir l’insolence de se considérer encore humain, alors qu’on est plus qu’un simple objet aux mains du premier venu que rien n’empêche d’abattre à l’instant même. » Folie ? Peut-être. Sûrement. Je n’étais pas stupide, je connaissais beaucoup de filles et de garçons dans ce milieu. Je savais que la plupart n’avaient pas le choix. Je savais que je l’avais. Je savais que la plupart avaient fini par être dégoûtés de tout, par se haïr eux-mêmes. Et pas moi.

      Oui, en un sens tu es sûrement fou. Mais après tout, as-tu déjà prétendu le contraire ? As-tu déjà prétendu être un saint, Damon ? Damon, Damon… Avec un nom pareil, il fallait s’y attendre, non ? Tu ne crois pas ? Mais ne t’inquiète pas, parce qu’au fond, les autres ne sont pas bien différents. Toi, lui, eux… Trois lettres, un seul mot.

    « La folie c’est de s’évertuer à sauver des vies, afin de se donner bonne conscience, ridicule entreprise alors que tant meurent sur les pavés, la folie c’est de se battre dans le vide pour un idéal qui n’existe plus, afin de masquer sa propre crasse. Sa propre souillure. »

      Oui. S’ils doivent tous crever un jour, autant les laisser s’entre-tuer entre eux, tu ne penses pas ? La Terre serait débarrassée d’une espèce inutile, un virus dangereux. Puisqu’au fond, vous n’avez fait que vous précipiter dans le gouffre que vous aviez creusé. N’est-ce pas ?

    Je réfléchissais à ses paroles malgré moi. Pourquoi ? Où était l’intérêt ? Si nous étions tous voués à mourir comme des inconnus dans cette ville dont la plus petite ruelle transpirait le désespoir… Pourquoi s’enfoncer davantage ? Pourquoi continuer à avancer, presque avec espoir, comme si une vie meilleure nous était promise un jour ? Espérer… espérions-nous encore, finalement ? Tous ces gens qui, comme moi, se traînaient dans la boue de Venise… Et moi, espérais-je encore ? Non… peut-être pas. Je n’en savais rien. Je ne savais pas. Les épaules soulevées par un rire aussi bref que silencieux, je ravalai ces pensées stupides. Inutiles. Car il était clair que je voulais continuer à vivre. Un homme qui n’attendait plus rien de la vie n’éprouvait pas de peur face à la mort. Or, moi, j’avais peur. Je continuais donc à vivre… à m’enfoncer davantage dans la décadence de la ville, parce qu’en fait, il fallait bien s’occuper, essayer de se rendre utile, de se sentir utile, pour au final, ne pas avoir l’impression que sa vie a été vide et dépourvu de sens.

      Lui qui ne te connait pas, lui qui est aussi fou que toi, qu’eux… puisqu’au final vous l’êtes tous. Oui, lui qui est aussi fou que toi, parce qu’au fond vous cherchez tous la même chose, une occupation, un but, même futile, pour remplir les pages de votre vie… Lui, comment peut-il se montrer aussi méprisant envers ceux de votre espèce ?

    Je relevai les yeux pour croiser son regard. Sans aucune lueur de défi, juste de la simple curiosité. Alors c’était cela ? C’était à cela que ça ressemblait ? De se faire hypnotiser par un serpent. Petit, petit… petit moineau. Viens par là que je te mange. Malheureusement, je n’étais pas comestible. Du moins plus depuis longtemps. Comme dirais l’autre.
    J’avais pourtant fini par croire ses paroles. Alors que j’aurais dû les repousser. Son geste me fit tressaillir, mais plus que cela, c’étaient ses mots qui me révulsaient. Ou plutôt, le fait que j’aie pu y croire, un instant. Peut-être était-ce réellement le cas, en fait… peut-être aurais-je approuvé, dans une autre situation. Mais au fond, y croire ou pas, où était l’intérêt ? La vérité, c’était que je me fichais pas mal qu’il ait raison ou non. Pour moi, cela ne changeait rien.

    ─ Et toi ? Es. Tu. Fou ?

      Il a raison, au fond. Pourquoi continuer à ramper ? Par peur ? Par faiblesse ? Oui, tu as peur. Oui, tu es faible. Et alors ? Maintenant ou après, qu’est-ce que ça change ? Tu mourras de toute façon. Alors souris, Damon. Souris. Souris avant que ma faux ne t’emporte. J’ai de l’humour, tu sais. J’apprécierai. Promis.

    *Et puis merde.*

    Tout le monde est fou, dis-je en souriant brièvement, amer.

    J’avais laissé la condescendance de côté. Mais pas pour longtemps. Puisqu’après tout, selon lui, ma vie n’avait pas de sens. C’était bien ce qu’il voulait dire, non ? Alors, quoi que je fasse… cela importait peu. C’était bien cela ? Et même si ça ne l’était pas. Quelle importance ?

    Mais vous êtes pire, ajoutai-je avec un nouveau sourire, provocant cette fois-ci.

    C’était bien cela ?

    Sans lui laisser le temps de répliquer, j’enchainai, dans un monologue moqueur au possible. Si la Mort avait vraiment le sens de l’humour, je pense qu’elle aurait apprécié.

    Je vois de ces cas, de jour comme de nuit… mais je dois dire que vous, vous m’épatez ! Franchement. J’admire. Vous êtes aussi sale que moi ; que vous le vouliez ou non, vous faites partie de cette crasse dont vous parlez avec tant de mépris. Ceux qui y croupissent vous dégoûtent ? Mais dans ce cas, vous dégoûtez-vous vous-même ? Qu’il s’agisse de moi ou d’un autre habitant de cette ville, nous ne sommes pas si différent, vous ne croyez pas ?

    Et si nous jouions, finalement ? Oui, c’est ça. Jouons. Voyons voir qui de nous deux ment le mieux.

    Parce qu’au fond je ne veux rien avoir affaire avec toi. Parce que je ne veux surtout pas me comparer à toi. Parce que je ne suis rien, que tu n’es rien… et que ce seul point commun est bien suffisant.

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Wilhelm W. Eilenbecker

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MessageSujet: Re: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Jeu 2 Sep - 6:23

See my twisted mind.


Et toujours cette froideur dans son attitude, dans ces mots, comme une distance entre toi et lui, un désir d’apposer des barrières entre son esprit, son corps et le tien. Comme pour s’éloigner de cette folie sur laquelle il pose doucement le doigt, malgré sa peur, malgré ta supériorité physique. Provoquant à souhait. Flirtant avec la mort. Mais la Mort n’est t’elle pas ta compagne, cher Machiavelo ? Ne la vois tu pas dans les regards de ceux qui défilent devant toi, dans leurs yeux qui te supplient de les sauver, dans leurs blessures béantes, sur leurs corps tremblants, terrifiés par le néant qui les attendent ? Car en voilà, bien une unique et cruelle vérité. Dieu, quelle belle plaisanterie… Oh mais qu’elles s’accrochent donc toutes ses âmes en peine à une promesse menteuse, oh combien rassurante, d’un Eternel salvateur. Qu’elles s’accrochent, nouent leurs doigts tannés par les ans, agenouillés devant les autels, plutôt que de voir la souillure de leurs cœurs, la fragilité de cette vie à laquelle ils s’accrochent, misérables, misérables…

Et toi Wilhelm, t’importerait t’il de mourir ainsi, abattu sans pitié dans le coin d’une ruelle, livré à ta mort laide, à l’agonie s’emparant de ton corps, crever comme un chien dans ton propre sang, dans ta propre fange. Non, il lui fallait quelque chose de bien plus glorieux. Les bras levés au beau milieu de l’arène, au milieu des cris de la foule enragée l’acclamant ou le répudiant, qu’importe, tandis que les fauves se jetteraient sur lui, déchireraient sa chair, arracheraient un dernier sourire de son visage. Les bras levés, fièrement, savourant une dernière foi le goût enivrant de la victoire. Oh, il finirait par le trouver, par arracher ses masques dont il se couvrait. Rien ne saurait le détourner de ce but. Pas même la Folie, celle qui rongeait peu à peu son esprit, présent à chacun de ses pas, doux poison, tantôt accueillit à bras ouverts, tantôt rejeté avec dédain. Oh le fiel menteur qui se déversait dans ses veines, celui qui prendrait peu à peu le contrôle de son corps, de sa tête. Jusqu’à ce que tout s’embrouille. Jusqu’à ce que l’obsession le dévore. Jeu combien autodestructeur.

Mais non, il ne l’avouera pas, guidé par la fierté qui l’aveugle. Sa fierté qui se rebiffe, le pousse à ne pas baisser le canon de son arme, tandis que l’infirmier lui sourit. Oh, il ne tirera pas, plus à présent. Non, il ne lui donnerait pas raison, ne laissera pas la rage et la frustration prendre le pas, décharger sa violence, comme pour appuyer ses paroles. Non, à présent il faut le frapper de ses mots, laisser planer la peur. Comme pour se protéger.

─ Tout le monde est fou.

Oh, comme tu as raison, très cher. Et toi, quelle est donc cette folie qui t’anime ?
Il voudrait répliquer, mais il ne lui en laisse pas le temps. Oh qu’il est amusant cet inversement des rôles, la souris prise au piège, qui se redresse face au chat, frémissante, provocante. Douce et agaçante surprise. Ainsi, il veut jouer.

─ Je vois de ces cas, de jour comme de nuit… mais je dois dire que vous, vous m’épatez ! Franchement. J’admire. Vous êtes aussi sale que moi ; que vous le vouliez ou non, vous faites partie de cette crasse dont vous parlez avec tant de mépris. Ceux qui y croupissent vous dégoûtent ? Mais dans ce cas, vous dégoûtez-vous vous-même ? Qu’il s’agisse de moi ou d’un autre habitant de cette ville, nous ne sommes pas si différent, vous ne croyez pas ?

Un sourire. Sans lâcher son arme, il rapproche doucement son visage, de celui de l’infirmier. Un sourire cruel, qui s’étire en un long rictus. Agacé. Colérique. Des mots qu’il prononce d’un ton neutre, posé, comme pour masquer la rage qui bouillonne en lui. Comment ose t’il… Comment…

-… ose tu me comparer à toi, à toute cette fange croupissante, méprisable qui court les rues de Venise ? Mon pauvre, à ne pas vouloir voir ce que tu es réellement, le néant, la laideur de ta condition… Les hommes n’ont t’ils toujours pas usé du prétexte de la folie pour expliquer ce qu’ils ne comprenaient pas, ce qu’ils les dépassaient. Car la voilà, la cruelle vérité. Je n’ai rien à voir avec toi. Mon esprit est bien plus évolué que le tien…

Il marque une pause. Oh Wil’, qu’il est doux cet aveuglement qui t’égare.

-Toi tu n’es rien. A peine un corps, un objet, souillé, souillé. Et pourquoi cela ? Pour l’argent ? Ou peut être y trouve tu du plaisir ? Si corrompu, mon ange, si corrompu…

Et il faut frapper, tout doucement, trouver les mots justes, tandis que sa voix se fait plus douce, comme caressante. Me déteste à présent ? Me méprises-tu de tout ton être ? Me crois tu encore… fou ?

-Mais moi, je pourrais te libérer de tout cela… Ce serait si simple tu sais… Dis moi mon petit, as-tu peur de mourir ?

Et tu souris, enveloppé dans ton orgueil, dans la démence qui t’anime, et que tu rejette sans cesse. Non, tu ne le tueras pas. Plutôt lui ouvrir les yeux sur sa condition, avant de le laisser partir. Oh laisse-moi t’observer mon petit. Laisse-moi jouir du doux spectacle qu’est ton corps frêle s’enfonçant toujours plus profond dans la boue. Tout en me moquant de ma propre souillure.

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Machiavelo D. Rosso

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MessageSujet: Re: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Dim 12 Sep - 6:32

    Oh oui. Tu le hais. Tu le hais parce qu’il met des mots sur ce que tu préfères ignorer. Ou faire semblant d’ignorer. Des questions dont tu connais la réponse.

Ce sourire, ce large sourire, cruel, qui faisait froid dans le dos. Bien plus effrayant que ses paroles et que la colère qu’elles masquaient. Il marqua une pause et j’en profitai pour prendre une brève inspiration, hachée. Il s’était rapproché mais je ne bougeai pas. Comme une proie acculée. C’est triste à dire mais c’était exactement ça. De toute manière, même si je l’avais voulu, mon corps n’aurait pas répondu. Ce n’était plus la fascination du serpent qui dansait devant mes yeux mais la peur, la vraie, et mon instinct de survie qui semblait ressurgir un instant pour me rappeler que tout ça n’était pas un jeu.

    C’est la réalité. Et tu vas mourir.

Nouvelle inspiration pour me rappeler que j’étais encore en vie – pour l’instant. Si mon corps ne répondait pas, mon cerveau lui fonctionnait toujours, et au quart de tour. Je savais parfaitement que je n’aurais pas dû le croire. Ne même pas l’écouter. Mais quand un serpent vous mord pour instiller son poison dans vos veines, comme l’en empêcher ? C’est une morte lente et douloureuse. La paralysie atteint d’abord le cerveau. Mort de l’esprit. Non. Écouter, se concentrer sur autre chose. Se concentrer pour ne pas penser à la suite. Que disait-il, déjà ? Ah oui. Lentement, je me remémorai ses derniers mots. Avec un peu de chance, mon état quasi-léthargique n’avait duré que quelques secondes en temps réel, et était passé inaperçu. Je clignai des yeux et réfléchis à ce qu’il venait de dire. C’était intéressant, cela expliquait beaucoup de choses.

Je vois.

C’était un murmure, presque un chuchotement, parce qu’à vrai dire je n’avais pas l’intention d’exprimer ma pensée à voix haute. Cela m’arrivait, parfois, de penser tout haut… et cela m’avait déjà mis dans de drôles de situations. Mais là, je ne voyais aucun inconvénient à continuer sur ma lancée.

─ Monsieur est d’une intelligence supérieure, complétai-je avec un bref rictus, pas franchement moqueur, mais pas dégoûté non plus. Quelque chose entre les deux.

C’était donc ça. Il faisait donc partie de ces gens qui se croyaient tout permis, parce qu’ils étaient persuadés de valoir mieux les autres, et qu’ils pensaient peut-être même avoir le droit de vie et de mort eux. C’était donc ça. *Il se prend pour Dieu, quoi.* Un peu comme ceux de son espèce, en somme. *Les mafieux…* Cette fois, j’étais content que ces deux mots ne m’aient pas échappés. Je ne me serais pas avancé une deuxième fois à exprimer tout haut le reste de ma pensée. Le ton employé, même inconsciemment, aurait très clairement dénoté toute l’abjection que m’inspiraient ces gens qui se croyaient au-dessus de tout, assez importants pour édicter les lois, leurs lois, et les faire respecter. Le pire d’entre eux, celui qui se prenait pour le Dieu suprême, étant le Parrain. Mais plus que de la haine, c’était de la peur que j’éprouvais, constamment, envers cette entité invisible et ceux qui la servaient, et c’est la raison pour laquelle je me tus. Parce que la réponse à la question qu’il me posait était « oui ». Oui, j’ai peur. Oui, j’ai peur de mourir. Et toi ?

─ Oui.

Voilà. Satisfait ? Je n’arrivai même pas à ressentir une once de honte tandis que ce mot franchissait mes lèvres. Alors que je savais qu’il s’en réjouirait probablement. Et bien oui. J’ai peur. Tu es content ? Tu vas pouvoir t’amuser. Mais je n’avais pas envie de jouer. Ou bien si ? Je ne me rappelais plus ce que j’avais décidé. « Décidé »… Tss. Comme si j’avais encore le choix. À mon tour de m’approcher, mon visage à quelques centimètres du sien, même pas ; très près, trop près, tu vas te faire bouffer Damon.

─ Et vous ? murmurai-je.

Un instant, je faillis retourner sa question contre lui. Mais je me ravisai et enchaînai :

─ Qu’est-ce que vous faites encore là, avec quelqu’un comme moi ? Penchant légèrement la tête sur le côté, comme si j’avais voulu l’embrasser, j’ajoutai : Vous avez sûrement mieux à faire, non ?

C’était bien lui, l’intelligence supérieure ? Comment avait-il dit, déjà ? Ah oui. « Mon esprit est bien plus évolué que le tien ». Mais oui. Tout à fait. S’il le disait. Je voulais bien le croire. Mais dans ce cas, que faisait-il encore ici, à distiller son temps et son incomparable intelligence avec un esprit aussi peu affûté que le mien ? Cynisme, quand tu nous tiens…

    Souris, souris, encore et encore.

J’obéis.
Personnellement, ça m’aurait tapé sur les nerfs qu’on me sourit comme ça. Mais quand le papillon est pris dans la toile de l’araignée, doit-il se débattre ? *Papillon, pff…* Pas sûr que la comparaison soit la bonne, mais le principe restait le même.

─ Me « libérer », hein ?

Sûrement pas. Cette ruelle crasseuse était peut-être un bon tombeau pour quelqu’un comme moi, mais personnellement je n’étais pas prêt à mourir. Pas maintenant. Aussi futile ma vie soit-elle, j’avais comme tout le monde l’arrogance d’en attendre encore quelque chose. Même si je ne savais pas quoi. Je pris le temps d’y réfléchir. Une vie sans attentes ne rimait à rien. Qu’espérais-je encore, en fait ? J’aurais bien aimé travailler à Milan. Mon ami d’enfance y vivait. Mais je ne serais jamais parti sans mon père. Alors j’aurais aussi aimé lui faire quitter Venise. Mais même en admettant que je trouve un moyen de lui faire passer clandestinement le champ de force, cela devait coûter un sacré paquet d’argent. Je m’endetterais pour lui, et pour moi si j’arrivais à partir également. Ah ha. C’était donc ce pour quoi je vivais. Pour m’endetter.

    C’est toujours mieux que rien, non ? À moins que tu préfères me rejoindre tout de suite…

Non, rien à faire. J’avais beau dire je ne voulais pas mourir. Encore moins de sa main. C’aurait été trop humiliant, et quoi qu’on dise j’avais encore ma fierté. Mais peut-être serait-elle moins écorchée si, ma dernière heure arrivée, je partais le sourire aux lèvres. Même si c’était une mort minable dans un coin tout aussi minable.

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Wilhelm W. Eilenbecker

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MessageSujet: Re: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Mar 5 Oct - 2:42

Et tu te vautre avec aisance dans ce jeu cruel, parfait salaud que tu es, étrange type d’être, tandis qu’il te faut vaincre l’ennui, passer outre les règles, quitte à blesser, quitte à détruire, le type ne se souciant pas des conséquences, vautré dans la belle suffisance que son intelligence lui procure. Parfait est-il élevé au dessus de cette vermine grouillante qu’est le peuple de Venise tout entier tendu ver son ultime objectif. Alors que fait-il là ?

A cracher son mépris face à un monde bas, si bas, à des vies menteuses, désillusionnée, tandis que tous se vautrent dans un fade quotidien dans l’espoir de s’en sortir. Vautré dans ce mépris qu’il crache bien droit à la face du monde, menteurs, misérables vermines, qui ne savent pas voir, qui s’accrochent les uns aux autres pour une promesse d’amour, de plaisir… faibles, si faibles. Et pourtant, Wil’, n’es tu pas le même ? Humain jusqu’au fond de ton être, malgré tout ton être hurlant le contraire jusqu’aux tripes ? Humain jusqu’à ton dernier souffle, humain jusqu’au bout des ongles, tandis que tu t’accroche à eux, à leurs saletés, à leurs secrets, combien en as-tu démasqués, quels complots, quelles hontes, quelles amours perdues a tu su découvrir ? Combien de vies a tu brisé, en laissant abattre de sang froid un être coupable ou non d’une affaire qui ne t’intéressait guère plus car résolue, combien de familles détruites, de cœurs en morceaux, combien d’enfants larmoyants qui viendront rejoindre les cohortes pouilleuses des orphelins vénitiens ? Combien de cœur brisés, de femmes qui avaient crut en toi, en tes sourires ; combien de cœurs humiliés, gardant profondément la marque brûlante de ton passage ? Humain à bout de souffle, lorsque tu t’accroche à eux, tentant de les percer à jour, besoin de cette motivation qu’ils t’offrent pour tenir debout, pour chasser le vide, si réel, si dépendant. Si faible. Si humain. Tant de choses que tu refuse de voir, toi qui prône pourtant l’acceptation de cette réalité, tandis que tu flirte avec Dame Vérité, tout en soulevant, lascivement, avec provocation, la jupe de Dame Hypocrisie parée de ses plus beaux autours. Et tu erre à travers ce bal mensonger, paré de tes plus beaux autours, resplendissant au milieu de cette fade foule, sans voir que les ans rongent peu à peu ton costume, que tes chaussures cirées on perdues leurs éclats, que les mites ont dévoré ta cravate de soie, que les gants sont tâchés de sang. Les mains salies, tachées, marquées indélébilement par les cruautés commises ou à venir. Et qu’il a évolué l’étrange jeune homme d’autre fois, les mêmes ambitions, les mêmes pensées, le regard tourné vers la cruauté dégoulinante de ses actions, cruauté assumée, méchanceté à en gerber sur les pavés, à leur cracher au visage, juste humain, avide, égoïste, narcissique, juste humain. A leur image, tout en prétendant les dominer. Et pourtant, il y avait de ces personnes qui s’incrustaient peu à peu, brisant doucement la barrière de ses prétentions. Des mots qui passaient à travers les failles pour frapper droit au cœur, des visages qui s’incrustaient pour ne plus s’en aller, des cœurs qui refusaient de céder. Que faisait-il là ?

Et il aime cette vérité toute crue qu’il lui offre, oui il a peur de mourir le pauvre enfant, peur de crever comme un chien dans cette ruelle sombre, de n’être rien de plus qu’un cadavre dans le caniveau sur lequel les mendiants iront cracher, triste humanité à craindre ainsi ce qu’elle ne connait pas, perdue dans ses rêves de grandeur. Et toi Wil’, ose tu te croire au dessus de tout cela ?

-Moi ? Cela t’importe t’il vraiment ? Qui te dit que je suis obligé de te répondre ? Crois-tu vraiment pouvoir me ressembler ? Pense tu que je puisse avoir peur d’une si futile chose, alors qu’il y a tant d’autres choses plus intéressantes à toucher du doigt ? Et cela serait si drôle ne trouve tu pas, de presser la gâchette, et adieu enterrement, adieu les larmes de maman qui viendra poser des lys sur ta tombe, juste les défections des chiens et les crachats des mendiants qui viendront honorer ton corps. Jolie manière de mourir.

Et de nouveau tu détourne la conversation tentant de reprendre l’avantage. La mort, quelle importance que tout cela ? Le plus grand des mystères, le plus intouchable. Celui qu’il lui faudra un jour démaquer, comme tous les autres. Mais peut lui importe. Plutôt guère n’y penser, défier l’avenir tout comme le présent. L’humanité n’était bonne que pour les autres. Et la voilà la cruelle question, que fait-il là ? Quel temps perdre alors qu’il y a tant d’autres choses à faire. Des informations à récolter, des contacts à se faire. Des cœurs à briser.

-Mais je joue, voyons. Il est tellement plus amusant de voir des êtres tels que toi trembler face à une menace hypothétique. De comprendre ce qu’animent d’aussi bas esprit.

Et tu sonde, tu analyse, mais tu n’y es pas encore. Plus fort que l’ennui. Que la curiosité.
L’humanité.
Tu as besoin d’eux.

Plutôt crever que de l’avouer. Et de frustration tes lèvres se serrent, trop de choses qui se bousculent, un parfait salaud oui, un pauvre type, vide, vide, rongé par l’ennui et les sentiments qui le tiraillent. Et tu sais que le jeu n’ira pas plus loin, pas cette fois ci. Impression trop fort, terrain trop découvert, tandis que vous marchez tout deux sur la lame du rasoir en équilibre instable au dessus du gouffre.

-Mais ce serait là un trop beau cadeau que je pourrais te faire. Susurrent tes lèvres si proches des siennes. Je me permettrais donc de t’observer un peu. D’admirer cette douce déchéance que tu semble nier. Jusqu’à te voir vautré dans ta débauche. Dans cette souillure que tu refuse d’accepter. Je t’observerais, aux premières loges. Il sera si drôle de te voir tomber.

Un baiser furtif tandis que ses lèvres viennent frôler les siennes, et qu’il se détache de lui. Un parfait salaud, tandis qu’il lui tourne le dos, un dernier sourire aux lèvres, et repartir la tête haute pour ne pas ternir d’avantage cette victoire salie par les mots d’un jeune homme qui a trop bien su le toucher, le surprendre.
Pauvre salaud, si vide.

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MessageSujet: Re: Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]   Mar 26 Oct - 5:12

Et quand le papillon est pris dans la toile de l’araignée, doit-il se débattre ?
Il fallait que je bouge. Il fallait que je me défende. Merde ! Je ne prétendais pas être un expert en art martiaux, d’ailleurs j’étais incapable de me montrer violent si je n’y étais pas forcé et ma chance y était pour beaucoup, mais j’avais toujours réussi à me sortir des pires situations. J’avais été menacé un nombre incalculable de fois, j’y étais même habitué, à force, on se retrouve toujours le couteau sous la gorge dans une ville pareille, où ceux qui ont encore moins que vous cherchent à survivre, même de la pire des manières. Et je n’arrivais pas à leur en vouloir, parce que moi aussi je voulais vivre, même si pour cela je faisais des choses que, plus jeune, j’aurais jugées dégradantes et humiliantes. Je me défendais contre eux, mais le remords était toujours là, parce qu’au fond nous étions pareils, ces gens et moi. Si j’allais trop loin en essayant de me défendre et de leur échapper, j’appelais les secours pour eux. C’était ma façon de déculpabiliser. De me décharger de ma responsabilité.
Bien sûr, je m’en sortais rarement sans au moins une égratignure, mais je m’en sortais. Parce que ces gens qui agressaient les autres pour leur argent, ne le faisaient que parce qu’ils n’avaient pas trouvé d’autre solution. Parce que leur but premier n’était pas de faire du mal, mais de vivre. Mais pas lui.

Lui, de quoi avait-il peur ? Que craignait-il ? Que pouvait craindre un homme qui prend plaisir à voir les autres souffrir ? J’avais déjà eu affaire à des barges, mais jamais d’aussi près. J’avais déjà eu peur de mourir, mais pas à ce point. Jamais je n’avais été sûr de mourir, en fait. J’avais toujours l’espoir idiot que ma chance ne m’abandonnerait pas, même si consciemment je trouvais stupide de croire à ce genre de choses, de prier dieu et tout ça, comme s’il pouvait nous entendre. Il aurait d’abord fallu qu’il existe, et j’avais des doutes à ce sujet. Mais aujourd’hui, dans cette ruelle humide et immonde, la tempe collée à un revolver, je me surpris à prier. C’était stupide. Ce n’était pas mon genre. C’était trop peu réfléchi. Trop peu crédible. Impossible que l’on m’entende. Et les paroles de ma grand-mère me revenaient en mémoire.

    Prie pour sauver ton âme.

Non, pas mon âme. Pas même mon corps. Juste ma vie. Juste ma vie. Ne me laisse pas tomber. Qui que tu sois. Quoi que tu penses de moi. Si tu m’as laissé en vie jusqu’à présent, alors ne me laisse pas tomber maintenant. S’il te plaît. Par pitié. Je ne veux pas mourir.

Dans ce genre de cas, on attend peut-être un signe, quelque chose, qui confirme qu’on a été entendu, que les choses vont changer, peu importe dans quel sens, mais elles vont changer, tu seras sauvé, ou peut-être pas, mais en tout cas l’attente aura pris fin. Mais non. J’étais toujours là, dans cette ruelle, à cligner bêtement des yeux parce que je ne pouvais pas supporter son regard, celui de cet homme dont le corps et le revolver jouaient à un jeu dangereux, pour qui, pour moi. Rien ne s’était passé. J’aurais dû m’en douter. Tout ça, ce n’étaient que des conneries. Dieu n’existait pas. Le diable non plus, peut-être. Et la mort...

─ Moi ? Cela t’importe t’il vraiment ? Qui te dit que je suis obligé de te répondre ? Crois-tu vraiment pouvoir me ressembler ? Pense tu que je puisse avoir peur d’une si futile chose, alors qu’il y a tant d’autres choses plus intéressantes à toucher du doigt ? Et cela serait si drôle ne trouve tu pas, de presser la gâchette, et adieu enterrement, adieu les larmes de maman qui viendra poser des lys sur ta tombe, juste les défections des chiens et les crachats des mendiants qui viendront honorer ton corps. Jolie manière de mourir.

Maman ? Mais de toute manière, maman ne viendrait jamais poser des fleurs sur ma tombe. Ça, c’était mon père et moi qui le faisions, sur la sienne. Et c’était bien, en fait, parce qu’une mère ne mérite pas de voir mourir son enfant. Même si elle était partie trop tôt… Je m’interrogeais, parfois. Avait-elle, comme mon père, deviné ce que j’avais fait de ma vie ? Peu importait, sûrement… Comme mon père, elle devait être fière de moi, parce que j’avais réussis à atteindre ce but que je m’étais fixé en devenant infirmier, et peu importaient la façon dont j’y étais parvenu. Fiers de moi. Mes parents, fiers de moi. Fiers de moi.
Que devais-je en penser ? Était-ce mal… ? Ou… ou devais-je m’en sentir honoré, fier à mon tour ? Mes parents et moi partagions les mêmes valeurs. Nous avions tous les trois la notion du sacrifice. Je n’avais jamais interrogé mes géniteurs sur leur travail, bien que je me doute qu’ils aient du, eux aussi, faire des choses pas toujours très catholiques pour continuer à subvenir à mes besoins. C’était peut-être étrange comme notion, mais c’était celle qu’ils m’avaient transmise. Je ne savais pas si je pouvais être honoré qu’ils soient fiers de mon parcours, mais du moins étais-je fier de ce qu’ils m’avaient appris. Et peu importait les autres. Et l’autre, justement, continuait de me répondre.

─ Mais je joue, voyons. Il est tellement plus amusant de voir des êtres tels que toi trembler face à une menace hypothétique. De comprendre ce qu’animent d’aussi bas esprit.

« La même chose que toi », aurais-je répondu quelques minutes plus tôt. À présent, je le fixai curieusement, me demandant s’il n’avait pas raison, au fond, si lui et moi n’étions pas totalement différents, comme moulés dans le même moule mais pas par la même personne. Étrangement, alors que j’aurais dû affirmer ma différence d’avec ce type méprisant et horrifiant, alors que j’aurais dû me sentir flatté de ne pas être à son image, je me rendis compte que ce n’était pas le cas, qu’au contraire j’étais… indifférent. Non, plus que cela. En fait, le dégoût que j’éprouvais quelques minutes plus tôt, ce dégoût qui me révulsait, m’écoeurait, m’apeurait, ce dégoût n’existait plus. Le mépris était toujours là, au fond, mais j’étais capable de le regarder dans les yeux sans frémir. Et je compris que depuis le début, ce n’était pas de lui précisément dont j’avais peur, mais de la mort elle-même. Lui m’effrayait uniquement parce qu’il l’incarnait, la rendant horriblement tangible.
Avais-je peur de mourir ? Oui. Avais-je peur de lui ? Lui ou un autre, quelle importance ? J’avais peur de mon bourreau, c’était normal. Mais lui ou un autre, en fait…

N’allez pas imaginer que j’étais rassuré à présent, tout près à me défendre, physiquement ou verbalement. En vérité j’étais aussi muet et pétrifié que le papillon pris dans la toile de l’araignée. L’araignée voulait peut-être manger le papillon plus tard ? Mais il resterait là, dans sa toile, à l’attendre. N’est-ce pas ?

─ Mais ce serait là un trop beau cadeau que je pourrais te faire. Je me permettrais donc de t’observer un peu. D’admirer cette douce déchéance que tu semble nier. Jusqu’à te voir vautré dans ta débauche. Dans cette souillure que tu refuse d’accepter. Je t’observerais, aux premières loges. Il sera si drôle de te voir tomber.

Sa bouche s’approche, ses lèvres frôlent les miennes, il se détourne et s’éloigne. Et c’est fini. Aussi simplement que cela.
Lorsqu’il disparu de mon champ de vision, ce fut comme si j’avais subitement retrouvé l’ouïe après une forte explosion ; la pluie s’abattait avec fracas à mes oreilles, et je dus plaquer mes deux mains dessus le temps de reprendre mes esprits. Aussitôt, mes jambes me lâchèrent. Je me laissai maladroitement tomber sur le sol. De la boue. Sa vue m’arracha un sanglot dégoûté. J’étais sale. Et j’entendais ce mot dans ma tête, prononcé par lui. Je ne sais pas combien de temps je restai assis par terre, les mains sur les oreilles et les jambes repliées comme un gamin après un cauchemar. Ce n’est qu’en osant enfin ôter mes mains de mes oreilles pour constater que le bruit de la pluie ne s’était accru que dans ma tête que je constatai une chose.

La mort s’était tue. Je n’entendais plus cette petite voix dans ma tête. Celle qui me disait ces choses que je savais mais que je ne voulais pas entendre. Elle était partie. Et lui aussi, il était parti. Je n’étais pas mort.

    Pas encore.


RP TERMINÉ

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Take off this gun of my head, I don't wanna play ■ PV Wilhelm [TERMINÉ]

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