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 Accident et châtiment [Lilly Romano]

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MessageSujet: Accident et châtiment [Lilly Romano]   Jeu 1 Juil - 4:54

    C'était la galère ce soir là, la grosse galère si ce n'était pas pour dire la grosse misère. Comme quoi, la vie était pleine d'imprévue, le genre de sales évènements qui pouvaient vous mettre bien les nerfs. Mais plus sérieusement, Erlina aurait pu sentir venir que depuis qu'elle était levée, la journée allait être bien mauvaise. Pour preuve, alors que son odieux réveil automatique lui vociféra d'ouvrir les yeux de sa splendide voix automatique "bonjour Erlina, il est temps de se réveiller ", les volets automatiques des fenêtres de son appartement se coincèrent à mi-chemin, ne laissant alors que la moitié du jour entrer dans la pièce. C'était donc la tête dans le coaltar, les cheveux qui partaient dans tous les sens, le marcel blanc qu'elle portait de travers, son shorty qui lui allait dans les fesses - un matin comme on les adore n'est-ce pas - que notre pauvre informaticienne sortit les pieds du lit... ou presque parce qu'elle tenta un splendide roulé-boulé raté, qui la conduisit à s'étaler par terre comme une carpette. Un énorme boom, des gémissements, un sol bien difficile à apprécier, froid et rude. Il lui fallut deux bonnes minutes avant d'immerger et d'enfin stopper son satané réveil qui criait encore son nom. Vive la technologie. Grincheuse, la première chose qu'elle fit était de se diriger vers sa machine à café. Deux secondes et elle avait une tasse bien chaude à porter de main... enfin de quoi lui remettre les idées en place, enfin une bonne chose... si elle n'avait pas trébuché sur un bouquin qu'elle avait jeté en l'air le jour d'avant... Maladresse quand tu nous tiens! Heureusement qu'il y avait des robots ménagers pour faire le reste. Habitudes obligent, direction la douche dont le jet était particulièrement froid. Cette mauvaise surprise valut d'entendre notre demoiselle hurler dans tout l'immeuble. Enfin... si la matinée fut horrible, le reste fut plus calme en une façon.

    Contrairement à ce que l'on croyait, notre Irlandaise d'origine menait une vie bien monotone la plupart du temps. Elle s'enfermait dans un univers assez solitaire où ses contacts n'étaient autre que des personnes qui se trouvaient de par le monde, derrière un écran d'ordinateur, avec des pseudonymes improbables. Les amis? La plupart était cybernétique, elle ne savait pas vraiment à quoi ils ressemblaient ou plutôt, elle n'avait pas essayer de savoir. Pour vivre heureux, vivons cacher disait le proverbe. Pourquoi pas, hein? En attendant, elle parcourrait la toile en quêtes de diverses informations qui pourraient lui être utile, c'était d'ailleurs par ce même biais qu'elle connaissait les quotidiennes de Venise. La télévision à hologramme d'un côté avec le journal ou bien des vieilles séries pourries, elle et le bruit de ses serveurs en surchauffent... C'était sa vie. OU tout du moins une partie de celle-ci.

    Erlina s'était complainte parfaitement dans sa monotonie de célibataire depuis la mort de ses parents. Du haut de ses vingt-quatre ans, son existence d'ermite lui plaisait, tant qu'elle n'avait personne à supporter, sur le dos. Limite, elle n'assumerait qu'un chat, seule animal de compagnie qu'elle considérait comme tolérable. Mais était-elle vraiment sincère avec elle-même lorsqu'elle affirmait que tout allait bien? C'était peut-être là, la clef du problème. Lors de la mort de ses géniteurs, elle n'avait pas failli un seul instant - où le nierait totalement - simplement accepté la chose avec rapidité, trop de rapidité. Un accident, une explosion... un héritage. Voilà. C'était tout. Elle ne s'était pas embarrassée de jouer les filles endeuillées et reprit une vie presque normale dans notre Venise désolée. Toutefois, c'était peut-être à ce même moment qu'elle décida de pimenter sa vie plus outre mesure que la petite étudiante qu'elle fut à l'époque, créant un petit commerce qui avait son avantage en jouant les coursières planquées. Elle pouvait liée son plaisir de la moto, à celui de gagner sa vie convenablement. Montant alors un site internet à cet effet, une adresse email spéciale ainsi qu'un numéro de téléphone pour la joindre où elle promettait d'avoir ce que l'on désirait en temps et en heure, du moment où on lui disait l'emplacement de la "chose". Un colis, une lettre, une personne à kidnapper.... le prix n'était pas négociable, tout dépendrait des risques qu'elle devrait prendre. C'était là qu'entrait en scène la mystérieuse Black Horse, une démone à moto qui roulait à une vitesse phénoménale, se moquant du danger qu'elle pouvait représenter sur la route - car elle connaissait mieux son engin que quiconque et elle estimait en avoir le parfait contrôle, comme n'importe quel chauffard. Si on jouait les psychologues de bas étages, on verrait là peut-être une tentative d'échapper à un mal qui la rongeait de l'intérieur, un désir de se mettre en danger et mettre sa vie sur le fil pour X raisons. Que du charabia.

    Un peu plus tôt dans l'après-midi, Erlina avait justement reçu un courriel pour une petite mission de pas grand chose. Il fallait simplement venir récupérer une boîte près de la Tour de l'Horloge, un coffret métallique abandonné, discret, dissimulé sous des cartons près de là. Ce qu'il y avait dedans? La vénitienne s'en moquait totalement, ce n'était pas son job. Tout ce qu'elle avait besoin de savoir était où cela devrait être amené, et vérifier que la moitié de la somme de son deal était sur son compte privé, l'autre partie lui était virée après que la tâche accomplie. Les détails financiers n'étant guère importants à notre histoire, seule l'adresse valait de l'intérêt : San giorgio dei greci. Le quartier des grecs. C'était pauvre, peu intéressant, vilain et puant. Peut-être qu'autrefois, il y avait de belles choses à voir mais maintenant... on évitait, même si le danger n'était pas spécialement grand ici comparé à d'autres lieux de la ville.

    Là, elle apporta dans sa tenue de cuir moulante la petite boîte métallique à une adresse qu'elle trouva sans difficulté, portant son casque jaune pour dissimuler son visage, trompant sa voix grâce à un démodulateur vocal, elle donna le colis très simplement à une petite famille. Ce fut un homme aux joues creusés, surprit et quelque peu peureux qui lui ouvrit. Il hésita à prendre ce qui lui était tendu... Erlina n'avait pas à savoir ce qu'il y avait l'intérieur... ni qui était le destinataire... lorsque l'on voyait un regard si malheureux et suppliant, il y avait fort à parier que la mafia se cachait là dessus. Mais Erlina ne s'en mêlait jamais. Que cela soit bien ou mal, qu'elle fasse preuve d'un total désintéressement, cela n'effleurait absolument pas sa conscience... en apparence. Et là, lorsqu'elle enfourcha sa moto pour partir, un lourd cri déchirant fit trembler les murs de l'immeuble délabré. La femme pleurait toutes ses tripes, un cri horrifié qui dénotait que ce que renfermait le coffret... n'était pas bien beau à voir. Un simple regard vers la fenêtre de l'appartement des malheureux, puis elle alluma sa bécane pour prendre la poudre d'escampette.

    Le moteur en route, et on distinguait le lourd vrombissement de l'engin à travers tout le quartier. Il n'était guère intéressant de jouer les discrets maintenant que l'affaire était finie. Un petit coup de fil, on prévient le client, on reçoit le pognon, on rentre chez soi. Tout aurait pu se terminer proprement si les choses avaient suivis leur cour naturel, tout aurait pu être une fin parfaite... mais voilà. En plein milieu de la route, une petite tête blonde montra le bout de son nez, là soudainement, d'un coup. Une suicidaire ou quoi? Elle se présenta si subitement qu'il avait été particulièrement difficile de freiner sans faire crisser les pneus. Bras en position de Jésus crucifié sur sa croix, Erlina laissa échapper un vilain juron.


    " Merde!!! Qu'est-ce que... "

    Vlam!!! Virant rapidement Black Horse glissa sur quelques mètres sur le côté, évitant de justesse la pauvre bougresse de peu. Mais c'était pas possible ou quoi? Les gens avaient quoi dans la tête? Si elle voulait crever, elle n'avait qu'à se jeter du haut d'un pont, non? Il n'en manquait pas à Venise en plus. En attendant, sa ruade lui fit perdre l'équilibre, et elle tomba sur le sol, rappant alors sa belle moto qui était la prunelle de ses yeux. Voilà de quoi la foutre en rogne mais elle était un peu trop sonnée pour réagir violemment à vrai dire. Étalée sur le sol, elle secoua la tête dans tous les sens comme pour remettre ses neurones en place... ça craignait vraiment... elle aurait dû le savoir... la journée serait pourrie jusqu'au bout...
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MessageSujet: Re: Accident et châtiment [Lilly Romano]   Sam 3 Juil - 3:19

    « Les trompettes jouaient une mélodie au goût de citron,
    Tandis que la justicière marchait vers le trône doré ;
    A sa ceinture une épée pendouillait,
    La même qui avait tranché la tête du dragon ! »


    Tes mots éclatent tel un cri de victoire et naît sur ton visage un sourire satisfait lorsque tu constates le regard curieux de ton unique spectateur. Rejetant en arrière ta cape déchirée en un mouvement théâtral, tu te penches au-dessus de ton public, colles ton front contre le sien avant de refermer sur lui tes bras. Le prisonnier se débat, surpris, mais tu te mets à danser, cueillant une fleur quelconque et portant cette dernière sous le nez de ta victime. Et ta victime effrayée par tes mouvements miaule et griffe sa cellule de chair, cependant tu réprimes tes cris de douleur et continues ton manège.

    « La justicière s’assit sur le trône,
    Et les villageois chantèrent ses louanges,
    S’exclamant que cette femme était un ange
    Et à présent leur bien-aimé reine ! »


    Ton public fuit tandis que tu imagines une salle entière applaudir et que tes oreilles se délectent de ce doux bruit imaginaire. Ton imagination transforme ton déguisement grossier en un costume parfait et ta scène misérable en une vernie et brillante, si belle que le soleil en serait jaloux. Ton esprit se perd dans une autre réalité idyllique ; dans cet autre monde, le rideau en velours se baisserait alors, marquant la fin de la représentation et se lèverait quelques minutes plus tard pour dévoiler tous les acteurs de la pièce. Toi tu serais au centre et les femmes, émues, jetteraient des fleurs en pleurant de joie alors que les hommes souriraient, épatés et heureux. Ainsi commencerait une longue et mélancolique histoire, ton histoire, ponctuée de joies, ponctuée de peines, dont la fin tragique arracherait au plus froid et impassible des êtres des sanglots. Tu serais, dans cette autre existence dont tu rêves passionnément, une personne admirée, chérie, adulée que les grands acceptent et les petits adorent. Ton nom serait synonyme de gloire et de richesse, de talent et de beauté ; les journaux s’étonneraient de tes charmes et de tes qualités nombreuses. Tu croquerais chaque jour la vie avec plaisir, te rassasiant de cris admiratifs et de déclarations touchantes. Le monde aurait besoin de toi, de ta présence, de ce que tu représentes, de ce que tu es ; tu deviendrais essentielle et puiserait en ce fait une incroyable satisfaction. Les autres feraient attention à toi, ne te mépriseraient guère et cesseraient de répandre d’infâmes rumeurs sur ton compte. Puis viendrait un jour où tu rencontrerais ton prince charmant. Alors tu renoncerais à ton pouvoir et à ta puissance pour mener des jours paisibles dans une maison de campagne en sa compagnie et celle de vos deux enfants, une fille et un garçon. Ton mari périrait quelques années plus tard et tu décéderais, toi, deux ans après ; néanmoins, ce ne serait pas une fin mais un début car vous vous retrouveriez au paradis et y resteriez ensemble pour l’éternité.

    La réalité te rattrape alors qu’un ballon se cogne contre ta botte ; tu te retournes et remarques les regards méprisants des propriétaires. Un se dirige vers toi, grognant et pestant. Cependant, tandis que le garçon se penche pour récupérer son bien, tu attrapes le ballon et frappe dedans ; ce dernier s’envole et atterrit sur la route, où une voiture l’écrase sans pitié. Tu retiens un rire puis tires la langue aux autres enfants avant de courir hors de portée de leur haine, animée par une bonne humeur débordante. Serrant contre ton cœur ta cape, tu pars comme tu es venue ; en courant contre le vent, ignorant les plaintes et les expressions exaspérées que tu déclenches, appréciant ta liberté. Tu te sens intouchable, forte et invincible et nargues autrui. Ta soudaine confiance est due à votre rencontre, hier. Oui, hier, tu as rencontré cette fillette un peu apeurée, pleurant et pleurant, tellement triste que le ciel lui-même est devenu morose, se recouvrant de lourds nuages déprimants. Ses amis ne voulaient plus jouer avec elle et la gamine disait ne pas savoir pourquoi ; tu appris bien vite la raison tant elle était autoritaire et orgueilleuse, te commandant d’une voix forte et claire. Cependant tu avais suivi ses ordres, pensant te faire une amie et aujourd’hui tu rejoignais ta compagne de jeu.

    Essoufflée, tu arrives au lieu de rendez-vous avec dix minutes de retard, ce qui énerve passablement cette petite reine constamment en colère. Bientôt, tu dois lui dire que sa beauté ne possède d’égal, que ses cheveux sont les plus soyeux et ses yeux tels des pierres précieuses. Puis tu joues la belle-mère détestable alors qu’elle est la princesse. Tu t’ennuies un peu mais n’oses lui avouer, de peur de te faire crier dessus et de perdre son amitié, sans te rendre compte que son cœur ne ressent pour toi aucun amour d’aucune sorte. Seulement ses ordres te fatiguent. Tu serres les dents et subis ses jérémiades insupportables. Refusant d’écouter tes histoires si elle n’en est pas la belle et pure protagoniste, tu crées pour ses beaux yeux un beau conte, où elle trouve le bonheur et se marie avec le plus désirable homme qui soit. Mais ce que tu racontes ne te passionne pas et tu interromps ton récit, fronçant les sourcils.

    Soudain, un hurlement retentit. Et ton amie t’abandonne, trottinant vers son père pour recevoir une claque douloureuse et se faire ramener de force à la maison. De nouveau seule, tu devines que tu ne verras plus jamais son visage se tordre en une mimique fatiguée par ta bêtise. Reniflant bruyamment, tu parcours San Giorgio dei Greci en traînant des pieds, les larmes aux yeux. Tu marches pendant une bonne demi-heure, maudissant ta solitude, cherchant à distraire ta vie sans résultat puis tu entends ce miaulement familier et te précipites dans la ruelle dont il provient. Tes yeux pétillent tandis que tu reconnais ton public et t’élances vers lui, subitement contente. Avec, tu partages ton goûter que tu avais glissé ce matin dans ton sac à dos et t’apprêtes à lui donner à boire lorsque le vrombissement d’un moteur l’effraie. Tu te relèves, alertée, et abandonnes ton sandwich pour essayer de rattraper la dite Black Horse. Car tu reconnaîtrais le son de son moteur entre mille, toi qui poursuis depuis une semaine son ombre.

    Rapidement, tu te retrouves sur cette route, debout, tes bras griffés écartés. Tu fixes Black Horse arriver, à une vitesse effrayante, et déglutis. Tes jambes et tes bras tremblent mais tes yeux ne peuvent se détacher de cette silhouette sombre qui approche vite, trop vite. Folle, tu es folle. Cette vérité arrache à ta fierté un grognement mécontent, tandis que ton coeur se serre ; tu veux fuir.

    Mais.

    Tu ne comprends, ne sais plus rien. Tu vois Black Horse à terre, te tâtes le corps pour constater qu’il est encore là et te frappes la tête pour te souvenir. Cependant ta mémoire est floue. Black Horse a dérapé. Black Horse a évité de te percuter. Black Horse a juré. Et à présent, Black Horse est allongé sur le sol.
    Un cri vainqueur s’échappe de tes lèvres entrouvertes par la surprise et tu trépignes sur place avant de reprendre contenance. Tu t’accroupis et nargues ton vis-à-vis de ton expression ravie, ridiculement fière alors que tu n’as absolument rien fait.

    « C’est pas bien. Rouler trop vite, c’est mal. Tu effraies tout le monde avec ton engin. Et puis aussi tu fais trop de bruit. »


    Alors, tu surprends son regard et prévenante, rajoute :

    « J’ai rien fait ! C’est toi qui es tombée toute seule ! »
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MessageSujet: Re: Accident et châtiment [Lilly Romano]   Ven 16 Juil - 5:12

    Les gens d'aujourd'hui étaient vraiment étranges... assez étranges et cintrés pour pouvoir se mettre en plein milieu de la route les bras écartés alors que vous dépassiez les cent kilomètres heures. Qu'est-ce qu'ils avaient tous à se montrer suicidaire? Sérieusement, si les gens voulaient se foutre en l'air, qu'ils aillent le faire tout seul dans leur coin sans mettre la vie des autres en dangers.... pourquoi cette pensée paraissait soudainement être un doux euphémisme? Il fallait bien dire les choses comme elle était, Erlina se la jouait peut-être cool sur son deux roues, elle n'en restait pas moins un danger potentiel pour autrui... mais à ses yeux s'étaient qu'un détail car elle estimait avoir le contrôle de son canasson à moteur. Sûre d'elle? Elle le devenait totalement une fois qu'elle enfourchait son engin ou qu'elle était lancée en pleine action dans quelque chose, une véritable machine qui fonçait droit au but sans se poser de question, se moquant des dommages collatéraux sur le coup. Peut-être trop impulsive, peut-être trop directe, insouciante... allez savoir. Mais à trop se poser de question, on finissait par être nourri par le doute, et le doute était un poison dont il était très difficile de se défaire une fois qu'il était présent, comme une sale tâche d'encre indélébile sur votre pantalon préféré. Autant dire que c'était complètement bousillé. Alors il n'y avait qu'une seule solution, se vider la tête... et cet état d'esprit, elle arrivait à le gagner seulement lorsqu'elle ressentait le frisson de la vitesse, qu'elle sentait le moteur de sa bécane vibrer entre ses jambes serrées contre elle, lorsque le paysage qui l'entourait s'effaçait simplement comme on jetait un pot de peinture, mélangeant les couleurs, les lumières ne devenaient alors que des traits diffus... c'était ça la liberté, celle de sentir le vent vous caressez comme un amant, le parfum de l'essence vous chatouiller les narines comme pourrait le faire l'odeur de la mer à un marin... aventurière la nuit sous un casque aux couleurs improbables, fausse masochiste dans une combinaison de cuir, rien ne comptait si ce n'était d'accélérer encore et encore...

    Mais voilà. Votre petit plaisir venait d'être gâché par une gamine tarée qui avait eu la bonne idée de se mettre en plein milieu de la route. Heureusement que vous aviez effectué votre mission, heureusement que le paquet avait été livré... si ce dernier avait été foutu en l'air, alors qui sait comment les choses se seraient passés pour vous. Pffff... qu'importait les risques, qu'elles étaient les chances que le client sache qui vous étiez réellement? Proche de zéro. Il était impossible de tracer votre téléphone, et encore moins votre adresse internet avec laquelle vous avez pris un malin plaisir à faire passer par tous les satellites du monde. Il faudrait des siècles pour retrouver le point d'origine, et d'ici que que cela arrive, vous auriez déménagé depuis longtemps, changée d'identité et de pays.... pour tout recommencer ailleurs avec encore plus de prudence. Enfin... en attendant, vous aviez la tête sur le bitume, la moto étalée à quelques mètres de vous après quelques mètres de glissade relativement douloureuse. Mais il fallait se dire une chose, si vous n'aviez pas possédé les bons réflexes de freinages, alors les conséquences auraient pu être pire, car vous seriez en train de crevé plutôt que de tenter de vous relever sur vos deux jambes.

    Erlina toussa alors lourdement dans son casque, et heureusement qu'elle arborait ce dernier avec fierté car comme d'habitude, cela lui sauvait la vie. Elle sentit tout son corps légèrement chancelant, fébrile, tremblant... une chute traumatisait toujours un corps d'une façon ou d'une autre, et il lui fallut bien cinq bonnes minutes pour retrouver un semblant de force dans les bras. C'était une poisse intersidérale. Se mettant alors à quatre pattes, elle secoua la tête de droite à gauche comme pour remettre ses neurones en place, sait-on jamais si l'une d'elle s'était barrée... Mais le comble du comble fut d'entendre une pseudo leçon de morale par une gamine suicidaire qui plus est, relança la faute sur Erlina. Si elle n'avait pas été sonné, elle aurait attrapé la jeune demoiselle par le col de sa jolie robe pour lui faire comprendre les choses à sa façon, sans que cela ne lui pose de problème de conscience... ou presque... à vrai dire, ce genre de chose, elle ne le faisait que dans sa tête. Trop bonne, trop conne comme on disait. Cela ne signifiait pas pour autant qu'elle appréciait les gamins, déjà que quand elle avait cet âge ce n'était pas le cas...

    Finissant alors par se mettre sur ses deux grandes jambes, derrière son casque, elle donna alors l'impression de jeter un regard noir à la belle tête blonde. Elle avait l'avantage de faire un peu imposante de par sa taille parce qu'elle faisait trois tête de plus que la jeune fille, mais sa carrure fine et quelque peu athlétique faisait un peu maigrichonne. Silencieuse, elle ne daigna pas lui répondre en premier lieu, la snobant littéralement comme elle le faisait déjà avec beaucoup de gens. Elle préféra se concentrer sur elle en époussetant alors sa combinaison qui avait pris mal... elle était abimée à plusieurs endroit et déchirée au niveau de la cuisse... est-ce qu'elle savait seulement combien ça coûtait ce genre de truc? Mais ce fut alors qu'elle s'alarma brutalement : sa moto!! Jetant un œil rapide en arrière, elle se dirigea d'un pas décidé, bien que légèrement rapide pour le coup, en direction de son moyen de transport chéri. Là, délicatement, elle leva cette derrière avant de la caler tranquillement. S'accroupissant, et ne daignant toujours pas regarder la gamine blonde, ni ne l'écoutant, elle examina la carrosserie légèrement cabossée et la peinture rayée.


    * P****n je vais devoir claquer encore pas mal pour réparer tout ça... mon pauvre bébé... Tous ça à cause de...*

    A cet instant, Erlina se leva à nouveau et se tourna vers l'imbécile heureuse qu'était la folle de la route.... quand brusquement elle pointa de son doigts sa moto et s'adressa à la gamine de sa voix électronique - car rappelons qu'elle avait intégré à son casque un démodulateur de voix pour rester incognito jusqu'au bout des ongles.

    " Tu t'es mise volontairement en plein milieu de la route. Tu m'as fait tombé, tu dois me rembourser la peinture. Je me moque de savoir comment tu feras pour le faire. "

    Même teinté électroniquement, on pouvait clairement percevoir qu'elle se montrait sèche et froide. En attendant, elle ne comptait pas en rester là.

    " Si tu voulais te suicider, il fallait sauter d'un pont. Au moins tu ne mettrais pas la vie des autres en danger. Quand au bruit... c'est fait exprès. Au moins on sait que j'arrive et on dégage de la route... "

    Une fois sa réponse faite, elle détourna toute son attention sur sa moto, à quoi bon rester après tout... mais elle se demandait qu'est-ce qu'une fille pareille faisait en plein milieu de san giorgio toute seule... quoique... cela n'était malheureusement pas rare du tout... les gamins de nos jours étaient limite laissés à l'abandon... mais de là à vouloir se foutre en l'air...

    * J'aurais pu la tuer... je me demande si elle s'en rend seulement compte... *
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MessageSujet: Re: Accident et châtiment [Lilly Romano]   Ven 16 Juil - 6:19

    Tu sautilles sur place, les mains derrière le dos, innocemment bête. Tu constates avec une once de regret que Black Horse souffre et ne semble se régénérer comme un extraterrestre ; les enfants du quartier avait tort : le motard est humain. Et cette vérité te déstabilise un peu, toi, qui croyais naïvement que rien de grave ne pourrait arriver, malgré ton entreprise risquée. Néanmoins, le conducteur se relève, visiblement sonné, choqué et surtout énervé. Rougissant, tu esquisses un mouvement de retraite immédiate mais ta fierté te cloue au sol. Cessant de bouger en tout sens, comme à ton habitude, tu regardes ton interlocuteur épousseter sa tenue déchirée par endroit et sale. Alors seulement tu comprends. Combien tu as été stupide de croire que ton action était sans danger. Les conséquences de ton acte. Que tu as fait de cette rencontre une dispute. Oui, une dispute. Sûrement vas-tu devoir rembourser la totalité des dommages causés par ton ignorance. A cette pensée, ton assurance vole en éclats et malgré tes efforts pour recoller les morceaux et retrouver ton aplomb, tu te sens redevenir timide. Tes yeux vont détailler le sol goudronné, jetant parfois de brefs regards à ton vis-à-vis, concentré sur sa moto, ignorant totalement et volontairement ta présence. Ce fait te rassure. Peut-être pourras-tu partir sans demander ton reste ? Fuir discrètement si Black Horse décide de te hurler dessus ? T’éclipser tandis que ce dernier grogne et te maudit copieusement ? Soudain une subite question traverse ton esprit et tu émets un bégaiement délicat sans suite ; déjà tu as abandonné la saugrenue idée de le lui demander. Car tu devines avec effroi que Black Horse serait bien capable de te sauter à la gorge. Ne serait-ce parce que tu oses encore prononcer une quelconque parole ou exécuter un malheureux geste. Tes possibilités restreintes, tu étudies sérieusement tes uniques options ; courir avec espoir et rentrer chez soi, murmurer de vaines excuses et lui balancer à la figure ton argent de poche avant de foutre le camp, ou, encore, la supplier. Mais la justicière Lilly, supplier un fou furieux qui roule trop vite ? Non merci ! Quand bien même la fameuse justicière vient de blesser le dit fou furieux et de bousiller son bolide. Fuir ? Pareil. Lui offrir tes pauvres économies ? Abandonner ton rêve de te payer cette peluche en forme de grenouille ? Tu serres les dents, hésites, te dandines. Tu ne veux pas. Cependant, il te faut dédommager ta victime. Voilà que ton esprit se perd en de complexes raisonnements et vient à cette terrible conclusion ; tu payeras.

    " Tu t'es mise volontairement en plein milieu de la route. Tu m'as fait tombé, tu dois me rembourser la peinture. Je me moque de savoir comment tu feras pour le faire. "

    Voyons, fuir est une excellente idée, aussi. La voix électronique de Black Horse rend encore plus menaçante son affirmation. Sa dernière phrase te rend perplexe et la subite envie de frapper la blessée te titille un instant. Néanmoins, tu te résignes, assumes. Tu plonges la main dans ta poche en grognant, pestant pour le plaisir de retarder l’échéance, puis en sors trois pièces que tu lui tends. Ton regard lui affirme clairement que ce sont tes seules réserves. Vraiment ? Non, il te reste ton bocal secret caché sous ton lit mais jamais tu n’y toucheras ; le contempler plein est si apaisant. Pas que tu sois avare. Cependant tu comptes te payer un appartement plus tard avec, sans te rendre compte que tu ne possèdes guère assez pour.

    De nouveau Black Horse prend la parole. Se suicider ? Sacrifier sa vie ? Mettre les autres en danger ? Tu laisses tomber tes trois pièces par terre et pointes un doigt accusateur vers ton vis-à-vis. Alors que tu t’apprêtes à parler, ton courage s’envole, tel un papillon chassé par un vent trop fort, trop puissant. Tu lui tournes donc le dos et te mets à gesticuler étrangement, prenant des poses comiques et invraisemblables. Tes pas sont rythmés par une musique muette, des paroles que tes pensées répètent. Pendant quelques minutes, tu continues ton manège, oubliant le décor et les détails, te concentrant sur la grâce de tes gestes. Puis, comme libérée des chaînes de la timidité et de la peur, ta propre voix s’élève.

    « Quoi ? Tu me fais la leçon à moi, la grande justicière de tous les temps ? Tu te plains que je mette – moi ! – les gens en danger ? Mais que crois-tu que tu fais, assis sur ton machin noir ? Hein ? Tu n’es pas invincible ni un super héros ! Tu es humain ! Enfin, je crois… Toujours est-il que tu n’as pas le droit d’effrayer les autres avec tes vroums vroums désagréables ! »

    Tu respires un grand coup, hoches la tête plusieurs fois et reprends :

    « D’ailleurs, je me suis pas jetée sous tes roues pour mourir mais pour t’arrêter. Une justicière ne meurt jamais, de toute façon. Et je ne te rembourserai pas, si c’est comme ça. Et puis ce n’est pas comme si je pouvais te rembourser non plus. Monsieur… »


    Tu t’interromps soudain, fixes en silence la personne devant toi, de nouveau observant sa moto, détailles sa silhouette.

    « Tu es une fille ou un garçon ? »

    Un pressentiment ordonne à tes jambes de fuir mais ta bouche se rebelle et s’ouvre une fois de plus, une fois de trop.

    « Te fâches pas, hein ? Mais, c’est que, ben, tu vois, il y a des gens qui disent que tu es une fille et d’autres que tu es un garçon. Alors, je ne sais pas moi. On dirait que tu es une fille, mais, mais… »


    Tu te fais petite, rentres ta tête dans tes épaules, esquisses un sourire crispé. Fuir était une bonne idée, après tout.

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Accident et châtiment [Lilly Romano]

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